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La Fondation de Lille organise la 4eme édition du prix littéraire de la Francophonie Alain Decaux. Il s'agit d'écrire une nouvelle de 20 pages max. Le bulletin d'inscription est téléchargeable sur le site de La Fondation de Lille fondationdelille.org
à vos plumes!!
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«Baise-personne» « L’homme serein est celui qui a le ventre plein et les couilles vides ! » ( San-Antonio)
L’homme est triste après l’amour. C’est faux. C’est sans amour que l’homme est triste. Il se flétrit, s’aigrit, se luxe le poignet à force d’utilisation prolongée sans avis médical. Un homme sans amour n’est plus que l’ombre de lui-même, l’ombre de sa main, l’ombre de son chien (pour les zoophiles), l’ombre de Jeanne Calment ( pour les gérontophiles). Mais où trouver l’amour de nos jours, en dehors de la rue St Denis ou du bois de Boulogne ? Il existait, autrefois deux types de femmes : les belles et les moches. Toutes avaient leur chance, les belles avec Rothschild et les moins gâtées par la cruelle mère nature avec Fernand Létron, plombier zingueur à Fourtout- sur-Yvette. Car s’il y a une chose qui se marrie bien avec les tops-canons, c’est le Fric (je mets une majuscule à « fric » parce que j’en ai pas, mais on ne sait jamais, on n’est jamais à l’abri de la richesse des autres). Tu verras jamais un smicard se faire brancher par un mannequin. A l’inverse, prends le pire des Quasimodos d’un village de vacances pour lépreux, habille-le en Cerruti et installe-le au volant d’une Ferrari. Fais circuler le tout sur la croisette en agitant de jolies coupures à l’effigie des Curie. L’effet est instantané. En moins de temps qu’il n’en faut à un suppositoire pour se fondre dans ton anatomie, une nuée de créatures de rêve, à côté desquelles la superbissime Claudia Cardinale passerait pour le clone d’Alice Sapritch, font subitement leur apparition. De nos jours, une troisième catégorie est venue s’insérer entre les deux premières : les fausses belles, qui ne pas non plus tout à fait de vraies moches. Les belles pré-fabriquées que je définis comme étant les mignonnes virtuelles. Pourquoi virtuelles me demanderas-tu, lecteur curieux ? Parce qu’elles ne sont que des images façonnées, agréables à l’œil, certes, mais d’une fadeur qui ferait passer un dimanche après-midi sur France 3 Auvergne pour le carnaval de Rio, quand la fête bat son plein et que touristes et travestis se mélangent dans une explosion de rythmes de sambas endiablées, et de promiscuités propices aux copulations mélangées ! Néanmoins, toutes ne ressemblent pas à une pub vivante pour poupée gonflable, donc gonflante. Ainsi, tous les matins, je m’arrête dans un café-tabac proche de mon lieu d’esclavage quotidien, pour siroter un café si fort qu’il troublerait le juste sommeil du soldat inconnu, et qui m’aide à émerger des brumes post nocturnes dans lesquelles je suis encore plongé, à l’heure où les crétins techno-débiles quittent leur usine de décibels défécatoires, le regard aussi expressif qu’un déchet canin égaré sur le trottoir. Une splendide jeune fille tient la caisse du tabac. Je m’approche d’elle et lui demande d’une voix aussi tremblante que celle d’un puceau, interrogeant pour la première fois une fille de joie sur les tarifs en cours sur le boulevard :
« Bonjour, un paquet d’Hollywood sans filtre s’il te plait. Et un tac o tac ! » C’est osé, non ? Je n’ai jamais su parler aux femmes, surtout à celles qui me plaisent. Celles dont je me fous royalement, je les aborde sans aucun complexe, mais quand j’ai en face de moi une fille avec qui j’aimerai partager autre chose que la position horizontale, je perds mon latin, mon grec, et ma langue, pourtant si appréciée des clitoris de mes rares conquêtes, se met à fourcher. Je bafouille, transpire, les genoux tremblants comme un danseur de charleston parkinsonien, et mon cœur sort de sa cavité poitrinale, tant ses battements sont rapides. Eh oui, mesdames, en présence des plus désirables d’entre vous, je perds environ 150% de mes moyens, lesquels sont pourtant sans prétention aucune au- dessus de la moyenne. Le jeune homme intelligent (et alors ?) que je suis, se métamorphose en adolescent pré-pubère qui devrait passer la nuit en compagnie des plus sexy des participantes d’un casting d’une production de Marc Dorcel. S’en est ainsi avec ma délicieuse vendeuse de nicotine. Je la regarde, puis baisse les yeux pour ne pas lui dévoiler le trouble profond qu’elle occasionne dans mon circuit neuronal et l’influence qu’elle a sur la dilatation de mes modestes organes reproducteurs. C’est qu’elle me plait, la gentille. Pas très grande, des cheveux courts en bataille, au reflet rouge, un dos qu’on aimerait masser longuement dans un moment de détente paradisiaque, des seins arrogants, qui défient la gravité, qui foutraient des complexes à un obus de la dernière guerre, et qui sont une invitation à la tétée. Une bouche rieuse que j’aimerais dévorer sans modération, armée d’un sourire mutin qui m’embrase l’essence (pardon, les sens, c’est te dire si elle me trouble !), un regard profond qui flanquerait le vertige à un alpiniste et un cul divin potelé mais ferme et rond qui m’occasionne une raideur de là à là, car il provoquerait un cyclone sous la ceinture d’un centenaire paraplégique.
Et la cerise sur le gâteau, une bonne humeur et un humour à toute épreuve, bref une fille qu’on imagine aisément sur une scène de music-hall plutôt que derrière le comptoir d’un bar-tabac. Je l’aime d’un amour brulant et dévoué, mais malheureusement, son cœur et son merveilleux cul sont déjà occupés, c’est toute l’histoire de ma vie. Ne t’imagine pas qu’elle est parfaite. Elle a dieu merci de menus défauts qui font d’elle un être terriblement humain et non pas une poupée Barbie et donc barbante. C’est ce qui la rend désirable et désirée.
Rien à voir avec ces potiches virtuelles, décolorées à l’eau de Javel, insipides et cliniques, qui ondulent de la croupe en agitant les sacs à lait qui leur servent de seins, dans le but d’enflammer les braguettes de ceux pour qui l’emballage est plus important que le contenu. Elles ressemblent à des oignons dans leurs pelures vestimentaires. Lorsqu’on les épluche, les larmes nous viennent, de déception. Le coca et les hamburgers font des ravages chez les jeunes. A vingt ans, leurs fesses ressemblent à des sacs postaux vidés de leur contenu. Leurs seins, gras et laiteux, s’ils ne sont pas encore plastifiés, sont un appel, non plus à la tétée, mais à la traite, à l’instar des mamelles bovines des prairies normandes. Le tout greffé sur un tronc aussi squelettique que la radiographie d’un Ethiopien en période de Ramadan ( je mets une majuscule à « ramadan » parce que j’ai des copains musulmans). L’addition est rudimentaire : gras+os+cul+nichons= jeune fille moderne, que des amateurs d’insignifiance plastique se bornent à nommer « top-canon ».
En fait de canon, elles seraient plus proches de ceux de Navaronne. Les muscles aux oubliettes ! Certes, le minois est joli, la bouche aspirante et le cul accueillant, mais une fois déshabillées, elles ressemblent à une canette d’Orangina qui aurait autant de conversation qu’une concierge ibérique..
J’ai pu le constater lors de mes dernières vacances sur la côte méditerranéenne. Au gré de mes escapades en ville, j’admirais leur fessier rebondi, sans m’imaginer que le surplus graisseux était comprimé par l’épaisse toile du jean, comme des sacs de voyage que l’on bourre, eux aussi, de vêtements et que l’on a toutes les peines du monde à refermer. Je les regardais onduler du bassin, les nichons dressés, sans doute maintenus par une armature métallique plus proche de l’échafaudage que du soutien-gorge. Leur joli visage poupin, rayonnant d’imbécillité nourrie de discothèque techno-mes choses, un sourire qui est une invitation à la débauche, l’air aussi salope qu’une pensionnaire de maison close d’un faubourg de Bangkok. Le big choc s’est produit à la plage. Une fois débarrassée de leurs pelures citadines, c’était un spectacle effrayant qui s’offrait à mon regard de mâle lubrique. Terminée, l’excitation, place à l’effroi ! Des fesses grasses, qui débordent du maillot de bain, pour fillette anémique, tel du lait oublié sur le feu, veinées de bleu comme les dessins des cours d’eau sur les cartes de géographie qui tapissaient les murs de classe de mon enfance. Les côtes saillantes, surmontées de seins blafards. Une véritable étale de boucherie, sauf que la viande me paraissait moins comestible. J’ai malgré tout voulu y goûter, plus poussé par la curiosité luxurieuse de leurs performances horizontales, que par l’excitation. Je me retrouvais donc dans un Mac Mesburnes, à manger une éponge, à siroter un sous produit d’Atlanta, tout en écoutant d’une oreille distraite les divagations de ma facile conquête d’un soir, qui me faisait l’apologie d’un groupe de rap banlieusard analphacon, qui réussi l’impossible exploit d’écrire des « chansons » avec le vocabulaire d’un enfant de 4 ans. Je tentai, à tout hasard de la brancher sur Victor Hugo, elle me dit que c’était un bien joli boulevard. Je tentai une diversion en la branchant sur Céline, elle reconnut qu’elle avait une belle voix. J’envisageai de me tailler les veines avec une corde, après avoir inhalé toutes les réserves de gaz de la région du Languedoc, quand le moment de s’accoupler arriva enfin.
A peine la mince porte du studio refermée, la jeune innocente se jeta sur moi, me fourra la langue dans la bouche, sans doute pour vérifier l’état de ma dentition, et la main exploratrice dans la braguette, histoire de se rassurer sur la qualité de la marchandise. J’eus une surprise lorsqu’elle ôta ses chaussures. Elle perdit 40 cm d’un coup. 1m72 avec, 1m35 sans. Il est vrai que les godillots en question auraient fait pâlir de jalousie le premier « Frankenstein » en noir et blanc venu. 40 cm de semelles, rien que ça, je connais certaines personnes, même affublée d’un handicap lourd qui refuseraient de se chausser de cette façon. Pas elle, puisque c’était à la mode, selon ses propres termes. La suite fut digne de la plus salace des productions pornographiques. Si jeune et déjà si salope ! A la fin de la séance, j’étais usé, vidé, mais pas comblé : lubricité, pas de problème, complicité, néant ! Gourmande mais pas gourmet, ou gourmette, pourquoi pas. Très copieux, mais très fade, comme un couscous bien garni dans lequel on aurait omis les épices. Volumes et performances, c’était sa devise à la mignonne. Tu l’allonges et tu fais tes 8 heures, comme à l’usine, si tu veux pas passer pour un vieil eunuque grabataire.
D’ailleurs, je la trouve vachement ouvrière notre jeunesse : elle mange comme à l’usine, danse comme à l’usine et baise comme à l’usine ! J’avais la désagréable impression d’avoir passé une partie de la soirée dans le tambour d’une machine à laver, dont la commande se serait restée bloquée sur « essorage ». J’étais lessivé ! Je lui promis de la revoir, en espérant que j’aurais quitté la région d’ici là, et elle notai mon numéro sur un carnet d’adresse à côté duquel l’annuaire de la Seine St Denis semblerait aussi vide que les urnes d’un village de haute Corse, lors d’un référendum sur le quinquennat. Je me dis que si tous ces messieurs avaient eu droit à la même séance, cela expliquait grandement son extraordinaire endurance.
Parfois, je me demande si elles ne participent pas à un concours. Il faudra bientôt un ticket d’appel, comme dans nos chères administrations, ou comme chez le boucher, la comparaison est plus juste !
Puisqu’on est à l’heure de l’Europe, je réitérais mon expérience avec une jeune ressortissante d’un pays étranger, la Hollande, en l’occurrence. Afin d’attirer vers moi les innocentes bataves, je me baladais sur le port et fréquentais les bars en arborant un superbe maillot de football aux couleurs de l’équipe de l’Ajax d’Amsterdam. L’effet ne se fit guère attendre, puisque après quelques heures seulement, une petite blonde toute bouclée m’aborda, un sourire éclatant illuminant son visage angélique, et me baragouina quelques phrases dans la langue de Vermeer. Etant peu apte à comprendre ce dialecte inaudible, je répondis « oui » à tout hasard, et nous nous retrouvîmes un quart d’heure plus tard, allongés et emboîtés, pour une séance d’exercice coïtaux, annaux, et buccaux qui auraient fait rougir la plus lubrique des prostiputes. Désolé mes chéries, mais je préfére vos mamans. Leur profond souci de plaire les embellit de jour en jour, mieux, elles tentent de rivaliser avec leurs fifilles, et ça leur va à merveille. La quarantaine, ayant la pudeur de ne pas le montrer, un corps à peine altéré par quelques grossesses, marques du temps qui ne sont pas sans noblesses. J’échangerais sans problème dix Ophélie contre une Claudia (Cardinale, pas l’autre). Offrir des fleurs, faire la cour, savourer un plat fin, arrosé de St Emilion dans un petit restaurant de la vieille ville, avec pour fond musical autre chose que ce brouhaha apocalyptique qui est une insulte à la musique, et pour terminer la soirée, une promenade digestive main dans la main, dans quelque parc citadin désert, à écouter le reposant gazouillis crépusculaire des emplumés. Vient ensuite le moment de se coucher. Sur ce tableau là non plus la jeunesse nympho-ouvrière ne peut pas rivaliser. Vos mamans possèdent l’art de manier les outils, elles ! Elles savent faire monter la sauce au bon moment. Quelle dextérité ! A la fois câlines et travailleuse, alternant accélérations et vitesse de croisière, pour aboutir à un feu d’artifesse à côté duquel Hiroshima ressemblerait à un rot de libellule. Et une fois la séance terminée, elle s’occupe de laver les accessoires, elles font la vaisselle mieux qu ‘avec Paic citron, crois-moi, rien qu’avec la langue, ça suffit ! Tu peux remettre les couverts pour le deuxième service, les ustensiles sont rutilants, mais j’arrête là ça m’excite et je vais encore me tâcher. Depuis quelques temps, je ne sais pas pourquoi, les filles m’évitent. Même les moches ! Même ma main rechigne, prétextant qu’elle a déjà suffisamment donné. Même ma chienne me regarde d’un drôle d’air ! Suis-je victime d’un quelconque sortilège ? Je n’ai pourtant ni sorcière, ni momie dans mon entourage. Je leur propose des sourires, des invitations qu’elles acceptent, mais au moment de combiner nos anatomies respectives, elles se désistent, alléguant qu’elles ne sont pas celles que je crois. Mais que crois-tu qu’elles croient que je crois qu’elles sont ? Des femmes, non ? Et moi un homme, jusqu’à preuve du contraire. Et depuis la nuit des temps, une femme + un homme= « oh, oui, encore c’est bon! Continue ! Ouiiii ! NOOOON ! Pas lààà ! J’ai dit: pas LAAAAAAàààààààààààààà !!!!! ». Depuis la nuit des temps, peut-être, mais pas en ce moment. Alors, j’ai eu une idée : pourquoi ne pas créer les « restos du cul » ? A l’instar de l’entreprise bienfaisante des Enfoirés, qui se charge de remplir les estomacs, pourquoi ne pas appliquer le même concept pour vider les génitoires bondées des laisser pour compte des culs contemporains ? « Pour chaque estomac, un steak, pour chaque bite, un cul ! » Une attestation de mal-aimé serait délivrée par la mairie après une semaine d’abstinence. Nous serions pris en charge par des hôtesses d’accueil bénévoles, j’en connais certaines dans mon entourage qui seraient volontaires. Elles nous remonteraient le moral tout en baissant (avec deux « s » !) notre niveau exédentiel de liqueur vitale, le tout dans une ambiance feutrée et décontractée, propice aux échanges corporels bienfaiteurs. J’en connais qui m’objecteront qu’il existe des filles de joie pour ce genre de tâches. Je leur répondrais que c’est justement pour éviter les tâches que ce type d’association doit être créé. J’en ai parlé à mes draps, ils sont d’accord.
Et puis les filles de joie, c’est pas la joie justement ces derniers temps (et je sais de quoi je parle !). Voilà bien un corps de métier, qui est aussi un métier de corps, qui a bien changé. Disparue la conscience professionnelle. Le travail est souvent bâclé. Il est loin le temps des maisons closes, qui en fait étaient ouvertes à tout le monde, où le personnel mettait du cœur à l’ouvrage et où seul comptait le confort du visiteur. Il en existe encore mais seuls y ont accès ceux qui les ont fait fermer. Crois-moi, la seule solution c’est les « resto du cul ».Je me porte volontaire pour aider à la sélection des hôtesses, bénévolement, bien sûr. Si des mignonnes charitables se proposent pour cette œuvre humanitaire, qu’elles me contactent, je serais ravi de leur expliquer dans le détail le fonctionnement de l’association. Allons, mesdames, un bon geste ! Un peut d’humanité ! Non-assistance à personne en danger de trop plein testiculaire, c’est un délit qui peut vous coûter cher, vous savez ! N’es-tu pas d’accord, lecteur intéressé? C’est pourtant vrai que l’homme est triste sans amour, mais qu’est ce qu’il écrit comme conneries ! Je tiens à préciser que si une telle association, à but non lucratif, était créée, le port du préservatif serait de rigueur, peut-être même une grande marque pourrait nous sponsoriser, histoire de couvrir les frais d’entretien du mobilier et des gentilles hôtesses. Je sais que des esprits fermés, anémiés, biscornus, trouveront à redire, mais moi j’autorise tout, à partir du moment où ça se passe entre adultes consentants, alors faîtes pas chier. Si ces Rmistes de l’intelligence veulent se plaindre, qu’il en référent au pape (je ne mets pas de majuscule à « pape » parce qu’il m’est difficile de mettre en même temps une majuscule et un préservatif ; on peut pas tout mettre à la fois, moi j’ai choisi), je disais donc que les ânes de bénitier aillent se plaindre au pape, je vais d’ailleurs profiter du chapitre suivant pour lui passer une couche, pendant qu’il est encore vivant. Cela fera sûrement grincer quelques dents (surtout des fausses celles qui trempent toute la nuit dans « stéra dent »), mais c’est plus fort que moi ça m’amuse et je ferais très court pour ne pas avoir l’air d’abuser d’un sujet aussi facile et pour éviter les représailles de ceux, dont la philosophie religieuse est de pardonner à ceux qui ne savent pas ce qu’ils font, et c’est mon cas. Alors, on y va, ça va me défouler…….
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« Sam’Suffisait!»
« C’est une fille ou un garçon ? -Ni l’un, ni l’autre, c’est une langue ! » Dialogue entre le médecin accoucheur et M. Bern, papa du petit Stéphane.
« L’éducation consiste à répondre à des questions que les enfants ne posent pas tout en négligeant celles qu’ils posent. » Karl Popper
Tout avait mal commencé. Par un hasard quasi miraculeux, je suis né le jour de mon anniversaire, un matin glacé du mois de février. Tandis que je me prélassais paresseusement dans la douce chaleur sécuritaire du liquide amiotique emplissant le ventre maternel, une incoercible envie d’aller voir dehors si vous y étiez m’envahit.
N’étant pas un spécialiste de la spéléologie, une intervention extérieure fut nécessaire pour m’extraire du nid douillet dans lequel je m’édifiais lentement, cellules après cellules, pour parvenir, après 8 mois, 29 jours et 6 heures et 12 mn, à ce spécimen dont l’intelligence et la beauté, proches de la perfection (c’est mon livre, j’écris ce que je veux), sont enviées par tout ce qui a deux bras, deux jambes et une carte d’électeur.
Mon premier contact avec l’extérieur fut un choc mémorable pour le petit être sensible que j’étais: la lumière aveuglante de la salle d’accouchement (qui peut parfois devenir une salle d’attouchements), les odeurs cliniques, les bruits extérieurs agressifs, la sage femme qui ressemblait à Amélie Mauresmo en moins féminin (t’imagines !). Lorsque je fus dégagé du tendre et chaud étau maternel, les choses se précipitèrent. Afin de faire bonne figure pour mon arrivée dans ce monde nouveau et hostile, j’avais paré mon visage poupin du plus beau sourire. Naître en arborant une telle crispation zygomatique en disait long sur ma volonté de séduire mes frères humains, avec qui j’allais partager mon existence sur la belle planète bleue.
La catcheuse accoucheuse ne l’entendit pas de cette oreille, ni de celle là non plus d’ailleurs. Elle me saisit brutalement par les pieds, avec la délicatesse d’une femelle rurale, saisissant des ses doigts gourds, l'immaculée volaille patiemment engraissée durant les labours, vouée à devenir la compagne de cuisson des z’haricots et autres féculents, victime innocente de la rurale bacchanale, que constitue chez les terreux le repas dominical. (ouf !) Ensuite, elle me fessa, sans aucune raison. Mon arrivée chez les communs commençait bien. J’étais puni avant même d’avoir dit ou fait quoique ce soit. Bienvenue chez les vivants ! Vlan, une avoine ! Sa voix, qui résonnait comme le doux gazouillis d’un éléphant qui se serait pris la trompe dans les rayons de son vélo, est encore présente dans ma mémoire : -« Ch’est un bieau garchon cha, m’dame ! Ouh qu’y est bieau ! » Puis à l’aide d’un instrument, qui rappelait plus un taille-haies d’un professionnel du débroussaillage qu’ un ciseau à broder, elle me sépara définitivement de mon ancienne demeure, à savoir le ventre maternel, stoppant net 8 mois, 29 jours et 6 heures et 12 mn d’hébergement intra-utérin, dans lequel j’avais fini par trouver mes marques. Devant ce déferlement de violence aveugle et gratuite, je m’attendais à entendre les remontrances maternelles à l’encontre de ma tortionnaire, à côté de laquelle un général argentin passerait pour le premier abbé Pierre venu. A la place de réprimandes amplement méritées, après ce crime de lèse-nourrisson, ma mère lui sourit. On pouvait deviner dans cette manifestation de joie, toute la fierté, l’honneur et la satisfaction d’avoir mis au monde un bébé « auchi bieau ». Choqué par tant de mansuétude maternelle, à l’égard de mon bourreau « mauresmesque », je n’eus qu’une idée en tête : retourner là d’où je venais. Mes réptations vers l’entrée de mon «Sam’Suffisait» utérin s’avérèrent vaines. J’étais constamment remis en place sur le buste maternel. «-Mais, y’a la bougeotte ch’tiot !» s’exclama la catcheuse, en me déposant sur le sein chaud de ma brave maman.
Je n’y ai plus bougé, à 35 ans je tète encore. Pour me venger de cet acte d’hostilité caractérisé, je me promis qu’à la première occasion je foutrai la main au panier de cette accoucheuse hitlérienne. Ce que je fis, le lendemain, alors qu’elle était occupée à changer la feuille de température de maman, à proximité du berceau où je simulais le sommeil, déjà occupé à épier et observer le comportement de mes contemporains. «-Oulàààà! Mais qu'ess qu’y est précoce ch’tiot!» s’étonna-t-elle, surprise et sans doute pas mécontente de constater qu’un mâle de son espèce, si petit soit-il, puisse encore s’intéresser à cette montagne de viande avariée que constituait son énorme fessier de bovin mal baisé.
«Tu crois pas si bien dire, salope ! » me dis-je. J’ai toujours été précoce disais-je. A l’âge ou les bambins découvrent le langage et balbutient des « areu », rappelant la prose mono neuronale de certains rappeurs, sous le regards attendri de leurs géniteurs qui ânonnent des « c’est bien mon chéri, guili guili nécreu nécreu ! », persuadés que le résultat de leur copulation du vendredi soir deviendra, au mieux prix Nobel, au pire socialiste, à l’âge, disais-je où ces chérubins s’éveillent à l’onomatopée, je m’étais déjà façonné un vocabulaire qui ferait pâlir de rage le petit Robert ( le frère de la Rousse). La première parole qui sortit de ma bouche sensuelle, si appréciée des lèvres, aussi bien horizontales que verticales de mes compagnes d’étreintes sensuelles z’et passionnées ( avis aux amatrices), mon premier mot fut non pas « areu », ni « boubou », mais:«acidedésoxyribonucléique ». Ce qui provoqua l’admiration de toute l’assistance, qui n’en revenait pas de tant d’exubérance phonétique de la part d’un poupon de mon âge. Seule ma mère resta de marbre devant cette manifestation sonore émanant de ma machine à proférer des conneries. Elle me déclara simplement : « -C’est ça, mange ta soupe ! » Elle voulait me faire comprendre, par cette simple injonction, qu’elle était sensible à mon aptitude précoce à manier le langage, mais les priorités du nourrisson d’abord, chaque chose en son taon, comme le déclarait une drosophile de mes relations. Je précise toutefois à l’attention du français moyen, dont la culture est aussi développée que celle du nénuphar dans le sud du Sahel, que l’acide désoxyribonucléique n’est autre que l’ADN. J’ai eu une enfance heureuse, dans un quartier populaire où tout le monde se connaissait, et se disait parfois même « bonjour ». C’était une époque où l’on pouvait jouer dans la rue, même après 20 heures sans risquer de se faire faucher par quelque véhicule automobile piloté par un Jean Alési citadin, ou se faire sauvagement prendre à partie par une horde de barbares. La rue était mon aire de jeux, ainsi qu’un terrain vague, qui valait, lecteur somnolent, tous les parcs d’attraction du monde et même d’ailleurs, et à côté duquel «Euro-Disney» passerait pour le plus sordide des goulags. La seule attraction, dans ce terrain vague, était une épave de voiture, perdue au milieu des hautes herbes. Naufragée de la société de consommation, un îlot au milieu du monde. C’était notre Fort Boyard, rien qu’à nous, notre forteresse, comme pour nous protéger des dangers du monde. On s’y retrouvait, après l’école, et le jeudi toute la journée. Cette vieille «Dauphine», rouillée, usée, cabossée comme le crâne d’un suspect après plusieurs heures d’interrogatoire, était le témoin privilégié de notre intimité et de nos secrets d’enfant. Elle partagea nos rires, nos bobos, nos baisers furtifs et timides sur les lèvres fraîches de nos premières conquêtes, et nos aventures épiques. Les enfants de cette époque ne manquaient pas d’imagination. Un jour Peau-Rouge, le lendemain Zorro puis Tarzan (si tu avais été là lecteur velu, tu aurais fait Sheeta !).
Le cathodique n’avait pas encore pollué nos neurones. La passivité des enfants de maintenant me désespère. Que du « Mangas », qui les mènent à la crise d’hystérie au bout de trois épisodes. Terminés les contes de fée, les histoires précédant le couché, pleines de princesses, de lutins, de héros qui bottent le cul des méchantes sorcières. De nos jours, les parents n’ont plus le temps. Absents du matin jusque tard le soir, ils communiquent grâce aux post-it collés sur le frigo : « Je vais rentrer tard ce soir, ton assiette est dans le micro ondes, je t’ai acheté la cassette du 123ème épisode des pokémongols, à ce soir ou demain si tu dors quand je rentrerai. Maman qui t’aime beaucoup, ( sauf aux heures de bureau, mais on peut pas tout faire !) ». Ce vieux tacot, inutile et encombrant déchet pour le reste de la planète, était devenu notre sanctuaire. Il était seul, abandonné dans ce terrain vague et pourtant chargé du souvenir d’une famille qui naguère l’occupât (je ne sais jamais s’il faut un accent sur le « a », tant pis j’en mets un, si par hasard il n’en fallait pas, garde le, les accents circonflexes se conservent très bien au congélateur, à –18°, il pourra te servir, comme cadeau pour la fête des belles- mères, par exemple, un accent ça fait toujours plaisir). Où en étais-je ? Ah oui, l’épave. Il ne faut pas délaisser les voitures de cette façon. Ce sont des êtres fragiles dont il faut prendre soin et qu’on n'abandonne pas sur le bord de la vie, comme on abandonne un cocker sur le bord de la route au moment de partir en vacances au Tréport, même que tante Gudule, qui nous loue le studio, elle aime pas les chiens, alors !
Aime ta voiture. Prends soin de ton auto, même si elle n’est plus très mobile. Donne -lui toute la tendresse qu’elle est en droit d’attendre de toi, après tant de kilomètres passés ensemble. Fais comme mon voisin, il l’aime sa voiture. Il la lave tous les week-ends : le samedi ET le dimanche. C’est le samedi vers dix heures le matin que ça commence et ça dure jusqu’au couché du soleil. Puis il réintègre son foyer pour regarder les millions sur la Une, satisfait d’avoir donné tant d’amour à son véhicule. Avant de se coucher, il pose une ultime question à sa tendre épouse avec qui il partage son lit, sa vie, son vît, mais aussi le gratin de pâte, même deux fois quand il en reste pour le soir, c’est quand même beau l’amour, quand on y pense !. Il lui demande du ton solennel et viril qui sied à tous les chefs de famille
«-T’as donné à manger au chien?»
L’épouse ainsi interpellée répond par l’affirmatif d’un hochement de tête qui rappelle la façon dont les bovidés communiquent dans nos prairies. Elle complète pour appuyer son affirmation gestuelle :
« J’ai pris des z’abats quand j’ai été au boucher ! »
Parfois ils s’accouplent pour le meilleur et pour le pire, mais au plus fort de leur orgasme ordinaire, il appelle sa femme Mercedes, ou Mégane, jouit dans un soubresaut monocouille en déclarant à sa tendre moitié :
«-Bouhhhh, moi ça y est ! ». Puis il s’endort en lisant l’Argus. Et le lendemain, il remet ça. Vers onze heures cette fois, parce que c’est dimanche, et qu’il se doit de faire son devoir de parieur mutuel urbain dopé à l’anisette, toujours jusqu’au couché du soleil : l’éponge, l’aspirateur, et du Mirror, pour sa belle carrosserie rutilante. C’est pas de l’amour ça, lectrice délaissée ? Mais je m’éloigne. J’étais comme un petit prince dans mon univers. Les jeux, les copains et puis l’école. La maternelle d’abord. A l’âge où les autres enfants consolident leurs liaisons neuronales en assemblant joyeusement des cubes de plastique, je méditais sur l’œuvre de Soljenitsyne, ce qui devait me convaincre pour définitivement de ne jamais voter communiste lorsque mon âge me permettrait de déposer mon droit à l’erreur dans les urnes républicaines. Puis vint l’école primaire. Je n’étais pas à proprement parlé un élève studieux, je n’apprenais rien : les réponses venaient d’elles même ! Il me suffisait de survoler une poésie une seule fois pour la graver à jamais dans ma mémoire. A l’heure où j’écris ces pauvres lignes, je suis encore en mesure de te réciter « Le loup et l’agneau ».
Je jonglais avec la grammaire et l’orthographe avec une facilité déconcertante, pour un enfant de mon âge, au grand damne des instituteurs qui tentaient désespérément de me piéger, en me dictant des mots jamais entendus de mémoire d’académicien. J’ai beaucoup perdu depuis. Les résultats des additions, multiplications, divisions (à 2 chiffres,SVP) et autres manipulations mathématiques me venaient presque instantanément. J’étais abonné à la première place, à tel point que je n’imaginais pas qu’il pouvait en exister une seconde. Mes parents et mes professeurs étaient fières de moi. Je n’avais pourtant aucun mérite, vu que jamais je n’ouvris un cahier ou un livre de classe pour y apprendre quoique ce soit. Etre le roi des fainéants et dans le même temps premier de la classe me conférait une sorte de pouvoir sur mes compagnons scolaires. «-Comment qu’tu fais, me demandaient-ils. -J’en sais rien ! » Avec du recul, je crois avoir trouvé une idée capable d’éclairer ma lanterne, et par conséquent la tienne, lecteur étourdi. Je possédais une qualité qui, à mon humble avis, semble être le moteur de la connaissance : la curiosité. Je n’ouvrais jamais mes livres de classe, mais j’en ouvrais d’autres, lorsque des questions me hantaient l’esprit. Encore aujourd’hui, je suis curieux de tout.
T’es-tu déjà demandé comment la lumière pouvait traverser une surface aussi dure que le verre ? T’es –tu déjà interroger sur la vie, pas celle qui fait suer les philosophes depuis des siècles et qui donne la migraine après seulement 15 mn d’explications vaseuses, je parle de la vraie vie, celle qui intéresse les biochimistes. As-tu tenté de savoir pourquoi notre bon président mets des chaussettes et des chaussures de ville avec un short d’été ? Pourquoi il y a toujours un problème lorsque c’est mon tour de passer à la caisse d’un Hypermarché ? Pourquoi mon voisin utilise de manière incontrôlée sa perceuse le dimanche après midi, au lieu de regarder Drucker sur la 2 ? Toutes ces grandes interrogations te passent par dessus la tête, je suppose, toi pour qui la grande angoisse est de connaître la météo de demain, ou de savoir si le 18 est arrivé dans les premiers lors d’une réunion à Auteuil, où il n’y avait que 16 partants, ballot ! La curiosité a toujours été mon moteur. C’est un peu pour cette raison que j’aimais participer aux cours, du moins jusqu’en classe de 4ème. C’est à partir de ce moment que les choses se gâtèrent. Jusque là, l’enseignement me paraissait intéressant, instructif, rarement barbant. Mais à partir de la 4ème, quel changement. L’exemple le plus marquant fut le cours d’histoire-géo.
Je tombais cette année là sur une prof que je ne te décrirais pas, elle ne le mérite pas, cette chienne galeuse et nauséabonde (finalement la description est assez fidèle). Après avoir passé des années à étudier la vie des Gaulois, des Egyptiens, des Grecs, l’ouverture sur la culture des Mayas ( il ne s’agit pas de cours d’apiculture, lecteur ignare !) , cette horrible carabosse de l’éducation s’évertua à nous initier au «système économique du bassin de la Ruhr dans les années 60 ». C’est pas beau ça ? Devant son insistance à nous faire ingurgiter ses leçons d’économie inutiles et aussi captivantes qu’un téléfilm sur la 6, je décidai de mettre à profit le temps perdu dans ces cours soporifiques pour continuer à m’instruire à ma manière. Evidemment, cela ne plut pas au «Staline» de l’enseignement. Elle me surprit un jour alors que, confortablement installé au fond de la classe, je terminais la lecture de «Féerie pour une autre fois» de L.F Céline.
Elle m’apostropha de sa voix qui ressemblait à la sirène hurlante d’un Stuka, invité à prendre le thé à Londres une nuit de 1943 : « -Dites-moi vous là-bas, qu’est ce vous faites donc ? -Je lis, madame, répondis-je avec courtoisie. J’étais un peu contrit de m’être fait prendre, pas que je craignis ce vivant argument en faveur de l’avortement, mais je sentais qu’elle allait me casser les pieds, les couilles, ainsi que tout ce qui peut être cassable dans un corps humain masculin normalement constitué. -Vous lisez !! s’exclama-t-elle, choquée. -Oui. -Ce que je dis ne vous intéresse pas ? -Pas du tout, répondis-je en toute franchise. Elle s’approcha de moi au pas de l’oie et m’arracha brutalement le livre des mains. Elle le considéra avec la moue d’un constipé venant d’ingurgiter un litre d’huile de ricin. La phrase qu’elle proféra fut digne de ce qui serait sorti de son anus flétri, si elle avait fait une cure intensive de chili con carné, durant les 15 derniers jours. -C’est pour lire de telles inepties que vous assistez à mon cours ? Des inepties, Céline ? -Faut bien s’occuper, madame, votre cours est si insipide, et ce n’est pas parce que la nature ne vous a pas fourni de quoi comprendre ces écrits, qu’il faut empêcher les autres de s’y intéresser ! Chacun possède le niveau culturel qu’il est en mesure d’assimiler, faut pas trop en demander ! Son visage de momie mal bandée se teinta d’abord en rouge carmin, puis en violet, puis en blanc, puis enfin en vert, ce qui lui seyait à merveille. Furieuse et hystérique, elle me conduisit chez la directrice qui fut surprise de voir un élève aussi brillant provoquer autant de colère chez un être aussi amorphe qu’asthénique. C’est avec la directrice que je pus enfin avoir une discussion franche et sincère. Je lui expliquais que ce genre de cours ne me captivait pas plus que ça. Je lui demandai pourquoi ne pas nous apprendre autre chose, il existe des sujets plus séduisant que l’économie du bassin de la Ruhr. Elle eut alors cette réponse qui allait m’ouvrir l’esprit et me braquer définitivement contre ce système d’éducation si austère : -J’admets volontiers qu’il existe des thèmes plus passionnant, me déclara-t-elle, mais les enseignants sont tenus de respecter un programme établi par le ministère de l’éducation nationale. « Un programme ! » Tout me parut clair. Nous, élèves, n’étions que des ordinateurs au disque vierge dans lesquels les programmateurs sournois que sont les enseignants rentraient des données. Tu ne t’appelles plus Gaston, Maurice ou Sylvie mais IBM ou Mac Intoch, quel choc ! C’est à partir de ce moment que mes notes chutèrent de façon vertigineuse. Je m’abonnais à la dernière place à un point tel que j’avais oublié qu’il pouvait en exister une avant-dernière. Je ne séchais pas, ne perturbais pas les cours, mais je mettais à profit le temps passé en classe pour étudier avec mes propres armes, à savoir mes livres personnels, dont une partie fut confisquée par des profs soucieux d’exercer leur autorité, dans l’espace clos de la salle de cours, dans laquelle ils s’ingéniaient à «éducationationaliser» mes camarades de classe conditionnés.
Durant les deux dernières années de collège, je ne fis qu’acte de présence. J’étais devenu collégien non pratiquant, au grand désarroi de mes parents et mes professeurs qui se demandaient, légitimement, ce qui avait pu provoquer une telle cassure dans un parcours scolaire jusqu’à présent plus qu’exemplaire. Ils n’eurent jamais la réponse malgré les entretiens avec les psy et les éducateurs qui me sondaient comme on sonde un rectum lors d’une coloscopie. Heureusement, j’avais eu le temps de survoler quelques ouvrages traitant de psychologie, pendant les cours de math, et je leur donnais les réponses nécessaires pour qu’ils me foutent la paix.
Pour tout le monde cet échec scolaire ressemblait à un gâchis, tant il est vrai qu’avec de telles capacités intellectuelles j’aurais pu devenir au moins chef de rayon chez Ed l’Epicier. Au lieu de ça, je ne suis devenu qu’un modeste imprimeur abonné au SMIC, pauvre mais tranquille et heureux d’avoir échappé à la cangue d’un système d’apprentissage qui ne me convenait pas. Quand, au hasard des jours, je m’en vais faire un tour à mon ancienne adresse, je ne reconnais plus, ni les rues, ni les murs qui ont vu ma jeunesse… Qu’est-ce que je raconte, c’est sûrement parce que j’ai écouté Aznavour hier soir, je voulais te dire que je suis récemment retourné dans mon quartier d’enfance, à la recherche de quelques souvenirs, de manière à entretenir ma nostalgie. C’est avec un pincement au cœur que je me suis arrêté à l’endroit où s’étendait mon majestueux terrain vague. Il n’était plus là. A la place, se dressait… un collège ! C’est pas de la provocation, ça ! Durant ces années de collège je fis une autre sorte d’apprentissage, celui de la conquête de l’espèce femelle. Très maladroit au début, je progressais très vite, apprenant la différence qu’il pouvait y avoir entre les belles, les moches, et les autres : les virtuelles ……….
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Début
7 heures, le réveil sonne. Par le hublot de ma capsule spatiale, je contemple les étoiles, étincelles d’énergie semée dans le noir cosmique, si brillantes, en l’absence de pollution lumineuse, de pollution tout court. Je voyage en direction du néant. Je glisse dans l’univers infiniment calme, serein, loin de la Terre et de ses chaos, de ses cris, de ses pleurs, de ses crimes, de ses leurres.
Je partage ma capsule avec une jeune femme merveilleuse, chauve pour ne froisser ni les blondes, ni les brunes, ni les rousses. Un visage angélique (dans les livres, les créatures de rêve ont toujours un visage angélique), de très beaux yeux d’un bleu très clair, presque transparent, une bouche rieuse. Pas très grande, ni très petite d’ailleurs, la peau douce comme le velouté d’une pêche, des seins en poire, bien à leurs places, des fesses, à leurs places elles aussi, semblables à deux Golden géantes accolées, bref ce n’est plus une femme, c’est un verger ! Le réveil sonne. Nous passons nos journées à contempler le vide si épais qu’il en devient presque palpable, et à arroser nos neurones de St Emilion, dont j’ai pris soin d'encombrer la soute à bagage avant d’inonder nos estomacs, d’user nos foies, mais qu’importe puisque dans le vide spatial, nul médecin ne pourra nous diagnostiquer la vérité. Elle, moi, Bacchus, et rien d’autre autour. Des étoiles au loin, des nébuleuses multicolores, comme la palette bariolée du génie inspiré qui a peint l’Univers. Libres, heureux, tranquilles : le bonheur. Le réveil sonne. Elle s’approche de moi de sa démarche féline (dans les livres, les créatures de rêve ont toujours la démarche féline). Elle est nue comme un ver (ou un verre, c’est pareil), moi aussi. L’effet magique du St Emillion décuple le plaisir que nous procurent nos étreintes intersidérales. La danse des faibles lueurs des voyants inutiles et décoratifs du tableau de bord ajoute à la fantasmagorie de notre frénésie éroticosmique. Baiser en état d’ivresse et d’apesanteur nous permet des positions qui foutraient des complexes aux plus fervents adeptes du Kama Sutra. Elle va jouir, me le crie très fort, mais on s’en fout, car pour reprendre le slogan du film « Alien » dans l’espace, personne ne peut vous entendre crier, sauf peut être une comète de passage, mais elle ne pourra s’arrêter pour se gausser de nos ébats flottants alcoolisés. Le réveil sonne. Le vide spatial se remplit alors de quotidien, plus vite que la vitesse de la lumière, comme pour faire chier Einstein. La femme de mes rêves me quitte brutalement, laissant en plan un orgasme inassouvi. Peut être la retrouverai-je lors d’un prochain songe. Vivement ce soir ! Le réveil ne sonne plus. Il gît à terre. Il a très mal supporté la brutale rencontre avec le mur de la chambre. Il n’avait qu’à pas m’interrompre à quelques secondes de l’aboutissement d’un coit intersidéral. Il s’étale sur le sol, près du mur, dans une position grotesque, qui le fait ressembler à une tortue couchée sur le dos, quelques ressorts dépassent, évoquant les poils frisés de quelques aisselles ibériques. Il a terminé sa carrière, ce n’est pas lui qui me réveillera demain. Je n’entendrai plus sa sonnerie, le tintamarre grotesque de cette infernale machine à chasser les jolies filles à la démarche féline (comme dans les livres) et à interrompre les orgasmes cosmiques si amoureusement partagés.
J’en rachèterai un aujourd’hui; c’est déjà le deuxième cette année, bien qu’on ne soit qu’en février. Les réveils ont la vie dure avec moi. Dommage, leur fonction est de me réveiller, ce qu’ils font très bien, trop bien sans doute, puisqu’ils ont une durée de vie qui correspond à la sincère pérennité d’une promesse électorale: c’est à dire quelques semaines. Cette fois j’en achèterai un digital. Marre des aiguilles, la petite, la grande, bannies à jamais. Leur insolente arrogance, surtout la grande lorsqu’elle se dresse sur le douze, bien droite, comme pour souligner l’improbable érection du temps. Et la petite qui avance doucement mais sûrement, sournoisement. Tu peux la fixer, elle paraît immobile, mais détourne le regard un instant et la voilà qui rattrape le temps perdu. Toujours en cachette. J’allais oublier la trotteuse, qui contrairement à son appellation ne trotte pas, elle court. J’ai parfois l’angoissante impression qu’elle tente désespérément de battre le record du tour : le cadran en moins d’une minute ! Ses vaines tentatives n’occultent pas son intention.
La voir immobile sur le lino, ridiculement seule, dissociée de l’infernale machinerie à égrener les secondes me met en joie. J’en prendrai un digital la prochaine fois : les chiffres ne mentent pas, eux. Ils continuent de grignoter le temps sans se soucier du regard de l’autre. J’aurai en outre la possibilité de me réveiller en musique, ce qui constituera un retour moins brutal au quotidien désolé. Peut-être la fille aux yeux transparents m’accompagnera-t-elle dans la réalité. Je crois qu’elle préfère les étoiles et je la comprends. Il y a des jours où l’on n’a pas envie de se lever. Rester à l’horizontal, au chaud, à fixer le plafond jauni par le tabac et les quelques émanations gastriques qui troublent parfois le silence de la nuit, sans toutefois perturber le juste sommeil du dormeur émetteur. Laisser s’écouler le temps, pas le tuer, c’est impossible, c’est lui qui nous tue : le regarder passer comme on regarde passer les bateaux, tranquillement assis sur le quai d’un port ou la caravane du tour de France assis sur la glacière, selon que l’on considère la poésie du moment avec les cheveux décoiffés par le vent du large ou une casquette Ricard.
Ne rien faire, juste, se laisser bercer par les bruits diffus de la rue, l’agitation sans raison des « lever-tôt », le concerto pour bec et vermisseau des amis emplumés matinaux. Ne plus entendre le tic-tac immonde du réveil, comme le compte à rebours de la déliquescence, dont l’aboutissement est la fin de notre existence. Le tic-tac du mien n’est plus très frais, les rouages enroués, les ressorts expulsés, le cadran décadré et les aiguilles disjointes, beaucoup moins fières que lorsqu’elles oeuvraient de concert pour me pointer sous les yeux incrédules, la lente agonie du crépuscule. Après la doucereuse étape de la somnolence post-réveil, l'effroyable réalité passe son museau par la porte entrebâillée de mon cerveau encore enivré d’extases sidérales : il faut se lever ! Je sais qu’il existe des réalités bien plus horribles, mais pour le moment, la position verticale me paraît être la plus contraignante des actions de ce jour nouveau. L’illusion couchée, la réalité debout ! Ou peut-être l’inverse, après tout, va savoir. Toujours est-il que la réalité de ce jour, c’est que je fête mon anniversaire, et ça c’est pas une illusion, mon entourage va se charger de me rafraîchir la mémoire, si, égaré dans les méandres de mes pensées obscures, je venais à l’oublier. J’arrose aujourd’hui mes 35 ans, ou plutôt, « ils » arrosent mes 35 ans. Pas moi, je vais me faire petit, rentrer un peu plus dans ma coquille, transparent comme le profond regard de ma compagne de rêve. La transparence est un art qu’on ne maîtrise qu’après de longues années de vécu, d’observations, d’interrogations, de dégoût, puis d’indifférence. Tout devient plus facile quand on acquiert l’expérience de la transparence, tu te retrouves seul, juste toi et… toi, et les autres autours. Tu assistes au spectacle de la vie, comme au cinéma, sur grand écran, son Dolby Stéréo Surround. Tu n’es plus acteur, tu es spectateur, et tu les vois s’agiter en cinémascope. Tu n’as qu’à t’installer confortablement dans un fauteuil d’équanimité, picorer des pop-corn d’indifférence en sirotant un soda à base de dédain et assister à la représentation agitée et dérisoire de tes frères humains. Ce sont de bons acteurs, tu sais. Il n’y a que le scénario que je n’ai pas encore très bien saisi. L’idée d’affronter les manifestations de joie de mon entourage à l’égard de ma 35ème année m’est insupportable : « Joyeux anniversaire ! » Et ta sœur, Ducon ! 35 ans, déjà. Seulement devrais-je dire. « La vie est courte, mais de la naissance à la mort, qu’est-ce que c’est long. », disait le grand misanthrope humaniste (si, ça existe !) Jules Renard. 35 ans, ça fait 420 mois, 12783 jours. 12783 jours à se lever, à attendre le lendemain, à être content quand il arrive, en espérant qu’il y en ait un autre, se lever, se laver, s’habiller, l’école, le travail, la bouffe, la baise sans amour, l’amour sans baise, les autres, moi, la retraite et enfin le cimetière, avec une belle croix plantée par la maison Borniol, passeport indispensable pour accéder à l’au-delà paradisiaque, remplit d’anges asexués, délavés et inodores, et pour terminer, une belle épitaphe en récompense, plein de regrets z’éternels, jusqu’à la semaine prochaine, dans le meilleur des cas. 12783 jours passés, que je ne reverrai plus. Disparus à jamais, ne restent que des bribes, des images, des odeurs, des bruits, des souvenirs, bons, mauvais, mais des souvenirs quand même, passés de la réalité à l’esprit : le réel et la matière qui se diluent dans la pensée, c’est beau l’alchimie du vécu ! J’appréhende cette journée. Si je n’étais pas obligé de me mettre à la verticale pour aller gagner ma vie (quelle belle connerie : à la naissance, on te donne la vie, ensuite tu es obligé de la gagner.), je serais volontiers rester chez moi. La porte fermée, le téléphone coupé, les volets baissés, avec une bouteille de mauvais vin, pour bien marqué l’événement, du très mauvais, qu’on regrette déjà d’avoir bu avant même de déboucher la bouteille. Heureusement, tous ne sont pas au courant de mon changement d’âge. Ils ne le sauront pas, tant mieux. J’ai toujours été très évasif quant à ma date d’anniversaire : «- T’es né quand ? -En 66, je leur réponds. -Mais z’encore ? ils insistent. -En février, le 31 ! » Certains réagissent : « ça existe pas ! » Je viens de l’inventer, juste pour moi. Ils arroseront l’événement. Plus tu t’approches du cimetière et plus ils arrosent l'occasion. Tes os commencent à craquer, tu t’essouffles au moindre coït un peu appuyé, ta vue baisse, tu te décharnes et eux, braves cloportes, ils arrosent l’événement, c’est pas beau ça ? Mais trêve de déprime. J’ai toujours des réveils difficiles, faut attendre que ça passe. En général, après mon café, ça va mieux. J’ai toujours eu besoin d’un café très fort, (qui tiendrait éveillé un député un mercredi après midi, c’est te dire s’il est costaud), pour me mettre en route et supporter mes contemporains toute la journée. Pourtant, j’ai fait énormément d’effort, et gaspillé beaucoup d’énergie pour essayer de leur ressembler, mais en vain. Déjà le jour de ma naissance et durant toute mon enfance, je m’évertuais à tenter de les comprendre et les accepter mais, plus le temps passait, plus nos relations se dégradaient. C’était il y a 35 ans, je me souviens…
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DELIRIUM
(PAS SI MINCE)
ou
L’entropie d’un philanthrope
Avertissement Il m’est difficile de prétendre que les personnages de ce livre sont
fictifs. En effet, il est souvent question de français moyens. Il y a
donc 60 millions de tordus qui peuvent se reconnaître dans ces lignes
et c’est bien fait pour eux ! Sinon le reste je l’ai inventé…enfin je
crois.
Introduction (sans lubrifiant)
Lectrice chérie, lecteur somnolent.
Le rire est le propre de l’homme, mais aussi de la femme, pour peut qu’elle y mette du sien. Le rire est ce qui sépare l’homme de l’animal.De toutes les créatures vivantes sur cette planète, seul l’homme parvient à activer de manière volontaire et régulière, ses muscles zygomatiques, pour se donner du plaisir.
Les acariens également ont le rire spontané, mais ils sont invisibles à l’œil nu, donc on s’en fout, z’avait qu’à être plus grands, ces cons ! La hyène également, glousse volontiers, mais il s’agit d’un rire stupide, sans aucun rapport avec, l’hilarante gaieté naturelle du fonctionnaire qui quitte son poste de travail, aux premières heures de l’après midi, pour regagner son domicile quelconque, satisfait de ses 6 heures de bureau et de repos au frais du contribuable.
Mais, après le fonctionnaire, revenons à la hyène, qui est sa très proche cousine. La hyène rit par stupidité. Installons-la confortablement dans une salle de cinéma ou dans un salon, sur le canapé et projetons-lui un film de Jacques Tati. Observons–la. Jamais son museau de chien mal fini n’esquissera le moindre rictus illustrant le sourire.
Nous pouvons donc en conclure que le rire est le propre de l’homme, et aussi de l’acarien, mais je te le rappelle, on s’en fout.
Alors gloire aux humoristes ! Tous ! De A à Z!
De Audiard à Zavata ! Puissent-ils éternellement nous dérider. Clowns, saltimbanques, fantaisistes, ironistes, boute-en-train, moqueurs, plaisantins, caricaturistes, amuseurs, farceurs, bouffons, dessinateurs , ces pages sont pour vous.
Merci pour tout…
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