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[29/03/2008 19:57]
Sam'suffisait



« Sam’Suffisait!»

« C’est une fille ou un garçon ?
-Ni l’un, ni l’autre, c’est une langue ! »

Dialogue entre le médecin accoucheur et M. Bern, papa du petit Stéphane.

« L’éducation consiste à répondre à des questions que les enfants ne posent pas tout en négligeant celles qu’ils posent. »
Karl Popper



   Tout avait mal commencé. Par un hasard quasi miraculeux, je suis né le jour de mon anniversaire,  un matin glacé du mois de février. Tandis  que je me prélassais paresseusement dans la douce  chaleur sécuritaire du liquide amiotique emplissant le ventre maternel, une incoercible envie d’aller voir dehors si vous y étiez m’envahit.

   N’étant pas un spécialiste de la spéléologie, une intervention extérieure fut nécessaire pour m’extraire du nid douillet  dans lequel je  m’édifiais lentement, cellules après cellules, pour parvenir, après 8 mois, 29 jours et 6 heures et 12 mn, à  ce spécimen dont l’intelligence et la beauté, proches de la perfection (c’est mon livre, j’écris ce que je veux), sont enviées par tout ce qui a deux bras, deux jambes et une carte d’électeur.   

  Mon premier contact avec l’extérieur fut un choc mémorable pour le petit être sensible que j’étais: la lumière aveuglante de la salle d’accouchement (qui peut parfois devenir une salle d’attouchements), les odeurs cliniques, les bruits extérieurs agressifs, la sage femme qui ressemblait à Amélie Mauresmo en moins féminin (t’imagines !). Lorsque  je fus dégagé du  tendre et chaud étau maternel, les choses se précipitèrent. Afin de  faire bonne figure  pour mon arrivée dans ce monde nouveau et hostile, j’avais paré  mon visage poupin du plus beau sourire. Naître en arborant  une telle crispation zygomatique  en disait long sur ma volonté de séduire mes frères humains, avec qui j’allais partager mon existence sur la belle planète bleue. 

  La catcheuse accoucheuse ne l’entendit pas de cette oreille, ni de celle là non plus d’ailleurs. Elle me saisit brutalement par les pieds, avec la délicatesse d’une femelle  rurale, saisissant des ses doigts gourds, l'immaculée volaille patiemment engraissée durant les labours, vouée à devenir la compagne de cuisson des z’haricots et autres féculents, victime innocente de la rurale bacchanale, que constitue chez les terreux le repas dominical. (ouf !)
    Ensuite, elle me fessa, sans aucune raison. Mon arrivée chez les communs commençait bien. J’étais puni avant même d’avoir dit ou fait quoique ce soit. Bienvenue chez les vivants ! Vlan, une avoine ! Sa voix, qui résonnait comme le doux gazouillis d’un éléphant qui se serait pris la trompe dans les rayons de son vélo, est encore présente dans ma mémoire : -« Ch’est un bieau garchon cha, m’dame ! Ouh qu’y est bieau ! »
Puis à l’aide d’un instrument, qui rappelait plus un taille-haies d’un professionnel du débroussaillage qu’ un ciseau à broder, elle me sépara définitivement de mon ancienne demeure, à savoir le ventre maternel, stoppant net 8 mois, 29 jours et 6 heures et 12 mn d’hébergement intra-utérin, dans lequel j’avais fini par trouver mes marques.
    Devant ce déferlement de violence aveugle et gratuite, je m’attendais à entendre les remontrances maternelles  à l’encontre de ma tortionnaire, à côté de laquelle un général argentin passerait pour le premier abbé Pierre venu. A la place de réprimandes amplement méritées, après ce crime de lèse-nourrisson, ma mère lui sourit. On pouvait deviner dans cette manifestation de joie, toute la fierté, l’honneur et la satisfaction d’avoir mis au monde un bébé « auchi bieau ».
    Choqué par tant de mansuétude maternelle, à l’égard de mon bourreau « mauresmesque », je n’eus qu’une idée en tête : retourner là d’où je venais. Mes réptations vers l’entrée de mon «Sam’Suffisait» utérin s’avérèrent vaines. J’étais constamment remis en place sur le buste maternel.
«-Mais, y’a la bougeotte ch’tiot !» s’exclama la catcheuse, en me déposant sur le sein chaud de ma brave maman.

    Je n’y ai plus bougé, à 35 ans je tète encore. Pour me venger de cet acte d’hostilité caractérisé, je me promis qu’à la première occasion je foutrai la main au panier de cette accoucheuse hitlérienne. Ce que je fis, le lendemain, alors qu’elle était occupée à changer la feuille de température de  maman, à proximité du berceau où je simulais le sommeil, déjà occupé à épier et observer le comportement de mes contemporains.
«-Oulàààà! Mais qu'ess qu’y est précoce ch’tiot!» s’étonna-t-elle, surprise et sans doute pas mécontente de constater qu’un mâle de son espèce, si petit soit-il, puisse encore s’intéresser à cette montagne de viande avariée que constituait son énorme fessier de bovin mal baisé.

«Tu crois pas si bien dire, salope ! » me dis-je.
   
    J’ai toujours été précoce disais-je. A l’âge  ou les bambins découvrent le langage et balbutient des « areu », rappelant la prose mono neuronale de certains rappeurs, sous le regards attendri de leurs géniteurs qui ânonnent des « c’est bien mon chéri, guili guili nécreu nécreu ! », persuadés que le résultat de leur copulation du vendredi soir deviendra, au mieux prix Nobel, au pire socialiste, à l’âge, disais-je où ces chérubins s’éveillent à l’onomatopée, je m’étais déjà façonné un vocabulaire  qui ferait pâlir de rage le petit Robert ( le frère de la Rousse).
    La première parole qui sortit de ma bouche sensuelle, si appréciée des lèvres, aussi bien horizontales que verticales de mes compagnes d’étreintes sensuelles z’et passionnées ( avis aux amatrices), mon premier mot fut non pas « areu », ni « boubou », mais:«acidedésoxyribonucléique ». Ce qui  provoqua l’admiration de toute l’assistance, qui n’en revenait pas de tant d’exubérance phonétique de la part d’un poupon de mon âge. Seule ma mère resta de marbre devant cette manifestation sonore émanant de ma machine à proférer des conneries. Elle me déclara simplement :
« -C’est ça, mange ta soupe ! »
Elle voulait me faire comprendre, par cette simple injonction, qu’elle était sensible à mon aptitude précoce à manier le langage, mais les priorités du nourrisson d’abord, chaque chose en son taon, comme le déclarait une drosophile de mes relations. Je précise toutefois à l’attention du français moyen, dont la culture est aussi développée que celle du nénuphar dans le sud du Sahel, que l’acide  désoxyribonucléique  n’est autre que l’ADN.
    J’ai eu une enfance heureuse, dans un quartier populaire où tout le monde se connaissait, et se disait parfois même « bonjour ». C’était une époque où l’on pouvait jouer dans la rue, même après 20 heures sans risquer de se faire faucher par quelque véhicule automobile piloté par un Jean Alési citadin, ou se faire sauvagement prendre à partie par une horde de barbares. 
La rue était mon aire de jeux, ainsi qu’un terrain vague, qui valait, lecteur somnolent, tous les parcs d’attraction du monde  et même d’ailleurs, et à côté duquel «Euro-Disney» passerait pour le plus sordide des goulags. La seule attraction, dans ce terrain vague, était une épave de voiture, perdue au milieu des hautes herbes. Naufragée de la société de consommation, un îlot au milieu du monde. C’était notre Fort Boyard, rien qu’à nous, notre forteresse, comme pour nous protéger des dangers du monde. On s’y retrouvait, après l’école, et le jeudi toute la journée. Cette  vieille «Dauphine», rouillée, usée, cabossée comme le crâne  d’un suspect après plusieurs heures d’interrogatoire, était le témoin privilégié de notre intimité et de nos secrets d’enfant. Elle  partagea nos rires, nos bobos, nos baisers furtifs et timides sur les lèvres fraîches de nos premières conquêtes, et nos aventures épiques. Les enfants de cette époque ne manquaient pas d’imagination. Un jour Peau-Rouge, le lendemain Zorro puis Tarzan (si tu avais été là lecteur velu, tu aurais fait Sheeta !).

   Le cathodique n’avait pas encore pollué nos neurones. La passivité des enfants de maintenant me désespère. Que du « Mangas », qui les mènent à la crise d’hystérie au bout de trois épisodes.  Terminés les contes de fée, les histoires précédant le couché, pleines de princesses, de lutins, de héros qui bottent le cul des méchantes sorcières. De nos jours, les parents n’ont plus le temps. Absents du matin jusque tard le soir, ils communiquent grâce aux post-it collés sur le frigo : « Je vais rentrer tard ce soir, ton assiette est dans le micro ondes, je t’ai acheté la cassette du 123ème épisode des pokémongols, à ce soir ou demain si tu dors quand je rentrerai. Maman qui t’aime beaucoup, ( sauf aux heures de bureau, mais on peut pas tout faire !) ».
 Ce vieux tacot, inutile et encombrant déchet pour le reste de la planète, était devenu notre sanctuaire. Il était seul, abandonné dans ce terrain vague et pourtant chargé du souvenir d’une famille qui naguère l’occupât (je ne sais jamais s’il faut un accent sur le « a », tant pis j’en mets un, si par hasard il n’en fallait pas, garde le, les accents circonflexes se conservent très bien au congélateur, à –18°, il pourra te servir, comme cadeau pour la fête des belles- mères, par exemple, un accent ça fait toujours plaisir). Où en étais-je ? Ah oui, l’épave. Il ne faut pas délaisser les voitures de cette façon. Ce sont des êtres fragiles dont il faut prendre soin et qu’on n'abandonne pas sur le bord de la vie, comme on abandonne un cocker sur le bord de la route au moment de partir en vacances au Tréport, même que tante Gudule, qui nous loue le studio, elle aime pas les chiens, alors !

  Aime ta voiture. Prends soin de ton auto, même si elle n’est plus très mobile. Donne -lui toute la tendresse qu’elle est en droit d’attendre de toi, après tant de kilomètres passés ensemble. Fais comme mon voisin, il l’aime sa voiture. Il la lave tous les week-ends : le samedi ET le dimanche. C’est le samedi vers dix heures le matin que ça commence et ça dure jusqu’au couché du soleil. Puis il réintègre son foyer pour regarder les millions sur la Une, satisfait d’avoir donné tant d’amour à son véhicule. Avant de se coucher, il pose une ultime question à sa tendre épouse avec qui il partage son lit, sa vie, son vît, mais aussi le gratin de pâte, même deux fois quand il en reste pour le soir, c’est quand même beau l’amour, quand on y pense !. Il lui demande  du ton solennel et viril qui sied à tous les chefs de famille 

«-T’as donné à manger au chien?»

L’épouse ainsi interpellée répond par l’affirmatif d’un hochement de tête qui rappelle la façon dont les bovidés communiquent dans nos prairies. Elle complète pour appuyer son affirmation gestuelle :    

« J’ai pris des z’abats quand j’ai été au boucher ! »

Parfois ils s’accouplent pour le meilleur et pour le pire, mais au plus fort de leur orgasme ordinaire, il appelle sa femme Mercedes, ou Mégane, jouit dans un soubresaut monocouille en déclarant à sa tendre moitié : 

«-Bouhhhh, moi ça y est ! ». Puis il s’endort en lisant l’Argus. Et le lendemain, il remet ça. Vers onze heures cette fois, parce que c’est dimanche, et qu’il se doit de faire son devoir de parieur mutuel urbain dopé à l’anisette, toujours jusqu’au couché du soleil : l’éponge, l’aspirateur, et du Mirror, pour sa belle carrosserie rutilante. C’est pas de l’amour ça, lectrice délaissée ? Mais je m’éloigne.
    J’étais comme un petit prince dans mon univers. Les jeux, les copains et puis l’école. La maternelle d’abord. A l’âge où les autres enfants consolident leurs liaisons neuronales en assemblant joyeusement des cubes de plastique, je méditais sur l’œuvre de Soljenitsyne, ce qui devait me convaincre pour définitivement de ne jamais voter communiste lorsque mon âge me permettrait de déposer mon droit à l’erreur dans les urnes républicaines. Puis vint l’école primaire. Je n’étais pas à proprement parlé un élève studieux, je n’apprenais rien : les réponses venaient d’elles même ! Il me suffisait de survoler une poésie une seule fois pour la graver à jamais dans ma mémoire. A l’heure où j’écris ces pauvres lignes, je suis encore en mesure de te réciter « Le loup et l’agneau ».     

    Je jonglais avec la grammaire et l’orthographe avec une facilité déconcertante, pour un enfant de mon âge, au grand damne des instituteurs qui tentaient désespérément de me piéger, en me dictant des mots jamais entendus de mémoire d’académicien. J’ai beaucoup perdu depuis.
Les résultats des additions, multiplications, divisions (à 2 chiffres,SVP) et autres manipulations mathématiques me venaient presque instantanément. J’étais abonné à la première place, à tel point que je n’imaginais pas qu’il pouvait en exister une seconde. Mes parents et mes professeurs étaient fières de moi. Je n’avais pourtant aucun mérite, vu que jamais je n’ouvris un cahier ou un livre de classe pour y apprendre quoique ce soit. Etre le roi des fainéants et dans le même temps premier de la classe me conférait une sorte de pouvoir sur mes compagnons scolaires.
«-Comment qu’tu fais, me demandaient-ils.
-J’en sais rien ! »

  Avec du recul, je crois avoir trouvé une idée capable d’éclairer ma lanterne, et par conséquent la tienne, lecteur étourdi. Je possédais une qualité qui, à mon humble avis, semble être le moteur de la connaissance : la curiosité. Je n’ouvrais jamais mes livres de classe, mais j’en ouvrais d’autres, lorsque des questions me hantaient l’esprit. Encore aujourd’hui, je suis curieux de tout.

T’es-tu déjà demandé comment la lumière pouvait traverser une surface aussi dure que le verre ? T’es –tu déjà interroger sur la vie, pas celle qui fait suer les philosophes depuis des siècles et qui donne la migraine après seulement 15 mn d’explications vaseuses, je parle de la vraie vie, celle qui intéresse les biochimistes. As-tu tenté de savoir pourquoi notre bon président mets des chaussettes et des chaussures de ville avec un short d’été ? Pourquoi il y a toujours un problème lorsque c’est mon tour de passer à la caisse d’un Hypermarché ? Pourquoi mon voisin utilise de manière incontrôlée sa perceuse le dimanche après midi, au lieu de regarder Drucker sur la 2 ? Toutes ces grandes interrogations te passent par dessus la tête, je suppose, toi pour qui la grande angoisse est de connaître la météo de demain, ou de savoir si le 18 est arrivé dans les  premiers lors d’une réunion à Auteuil, où il n’y avait que 16 partants, ballot ! La curiosité a toujours été mon moteur. C’est un peu pour cette raison que j’aimais participer aux cours, du moins jusqu’en classe de 4ème. C’est à partir de ce moment que les choses se gâtèrent. Jusque là, l’enseignement me paraissait intéressant, instructif, rarement barbant. Mais à partir de la 4ème, quel changement. L’exemple le plus marquant fut le cours d’histoire-géo.

Je tombais cette année là sur une prof que je ne te décrirais pas, elle ne le mérite pas, cette chienne galeuse et nauséabonde (finalement la description est assez fidèle). Après avoir passé des années à étudier la vie des Gaulois, des Egyptiens, des Grecs, l’ouverture sur la culture des Mayas ( il ne s’agit pas de cours d’apiculture, lecteur ignare !) , cette horrible carabosse de l’éducation s’évertua à nous initier au «système  économique du bassin de la Ruhr dans les années 60 ». C’est pas beau ça ? Devant son insistance à nous faire ingurgiter ses leçons d’économie inutiles et aussi captivantes qu’un téléfilm sur la 6, je décidai de mettre à profit le temps perdu dans ces cours soporifiques pour continuer à m’instruire à ma manière. Evidemment, cela ne plut pas au «Staline» de l’enseignement. Elle me surprit un jour alors que, confortablement installé au fond de la classe, je terminais la lecture de «Féerie pour une autre fois»  de L.F Céline. 

Elle m’apostropha de sa voix qui ressemblait  à la sirène hurlante d’un Stuka, invité à prendre le thé à Londres une nuit de 1943 :
« -Dites-moi vous là-bas, qu’est ce vous faites donc ?
-Je lis, madame,
répondis-je avec courtoisie.
J’étais un peu contrit de m’être fait prendre, pas que je craignis ce vivant argument en faveur de l’avortement, mais je sentais qu’elle allait me casser les pieds, les couilles, ainsi que tout ce qui peut être cassable dans un corps humain masculin normalement constitué.
-Vous lisez !! s’exclama-t-elle, choquée.
-Oui.
-Ce que je dis ne vous intéresse pas ?
-Pas du tout, répondis-je en toute franchise.

Elle s’approcha de moi au pas de l’oie et m’arracha brutalement le livre des mains. Elle le considéra avec la moue d’un constipé venant d’ingurgiter un litre d’huile de ricin. La phrase qu’elle proféra fut digne de ce qui serait sorti de son anus flétri, si elle avait fait une cure intensive de  chili con carné, durant les 15 derniers jours.
-C’est pour lire de telles inepties que vous assistez à mon cours ?
Des inepties, Céline ?
-Faut bien s’occuper, madame, votre cours est si insipide, et ce n’est pas parce que la nature ne vous a pas fourni de quoi comprendre ces écrits, qu’il faut empêcher les autres de s’y intéresser ! Chacun  possède le niveau culturel qu’il est en mesure d’assimiler, faut pas trop en demander !
Son visage de momie mal bandée se teinta d’abord en rouge carmin, puis en violet, puis en blanc, puis enfin en vert, ce qui lui seyait à merveille. Furieuse et hystérique, elle me conduisit chez la directrice qui fut surprise de voir un élève aussi brillant provoquer autant de colère chez un être aussi amorphe qu’asthénique. C’est avec la directrice que je pus enfin avoir une discussion franche et sincère. Je lui expliquais que ce genre de cours ne me captivait pas plus que ça. Je lui demandai pourquoi ne pas nous apprendre autre chose, il existe des sujets plus séduisant que l’économie du bassin de la Ruhr. Elle eut alors cette réponse qui allait m’ouvrir l’esprit et me braquer définitivement contre ce système d’éducation si austère :
-J’admets volontiers qu’il existe des thèmes plus passionnant, me déclara-t-elle, mais les enseignants sont tenus de respecter un programme établi par le ministère de l’éducation nationale.
« Un programme ! »  Tout me parut clair. Nous, élèves, n’étions que des ordinateurs au disque vierge dans lesquels les programmateurs sournois que sont les enseignants rentraient des données. Tu ne t’appelles plus Gaston, Maurice ou Sylvie mais IBM ou Mac Intoch, quel choc !
    C’est à partir de ce moment que mes notes chutèrent de façon vertigineuse. Je m’abonnais à la dernière place à un point tel que j’avais oublié qu’il pouvait en exister une avant-dernière. Je ne séchais pas, ne perturbais pas les cours, mais je mettais à profit le temps passé en classe pour étudier avec mes propres armes, à savoir mes livres personnels, dont une partie fut confisquée par des profs soucieux d’exercer leur autorité, dans l’espace clos de la salle de cours, dans laquelle ils s’ingéniaient à «éducationationaliser» mes camarades de classe conditionnés.

  Durant les deux dernières années de collège, je ne fis qu’acte de présence. J’étais devenu collégien non pratiquant, au grand désarroi de mes parents et mes professeurs qui se demandaient, légitimement, ce qui avait pu provoquer une telle cassure dans un parcours scolaire jusqu’à présent plus qu’exemplaire. Ils n’eurent jamais la réponse malgré les entretiens avec les psy et les éducateurs qui me sondaient comme on sonde un rectum lors d’une coloscopie. Heureusement, j’avais eu le temps de  survoler quelques ouvrages traitant de psychologie, pendant les cours de math, et je leur donnais les réponses nécessaires pour qu’ils me foutent la paix.

Pour tout le monde cet échec scolaire ressemblait à un gâchis, tant il est vrai qu’avec de telles capacités intellectuelles j’aurais pu devenir au moins chef de rayon chez Ed l’Epicier. Au lieu de ça, je ne suis devenu qu’un modeste imprimeur abonné au SMIC, pauvre mais tranquille et heureux d’avoir échappé  à la cangue d’un système d’apprentissage qui ne me convenait pas.
 Quand, au hasard des jours, je m’en vais faire un tour à mon ancienne adresse, je ne reconnais plus, ni les rues, ni les murs qui ont vu ma jeunesse… Qu’est-ce que je raconte, c’est sûrement parce que j’ai écouté Aznavour hier soir, je voulais te dire que je  suis récemment retourné dans mon quartier d’enfance, à la recherche de quelques souvenirs, de manière à entretenir ma nostalgie. C’est avec un pincement au cœur que je me suis arrêté à l’endroit où s’étendait mon majestueux terrain vague. Il n’était plus là. A la place, se dressait… un collège ! C’est pas de la provocation, ça !
     Durant ces années de collège je fis une autre sorte d’apprentissage, celui de la conquête de l’espèce femelle. Très maladroit au début, je progressais très vite, apprenant la différence qu’il pouvait y avoir entre les belles, les moches, et les autres : les virtuelles ……….






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